Les concours d'entrée à l'ENA
Les concours d'entrée à l'ENA




       
Sur la diversité à l'ENA


Pour  démocratiser le recrutement de la haute fonction publique, deux voies sont concevables :
- modifier les concours d'entrée pour les adapter à la diversité potentielle des candidats ?
- ou davantage préparer les candidats, dans leur  diversité, à réussir des concours inchangés ?

La "classe préparatoire intégrée" (CPENA) paraît être l'ultime chance de démocratisation de l'accès à l'ENA avant une réforme des concours eux-mêmes. Depuis octobre 2009, 15 étudiants, sélectionnés tant sur critères sociaux que sur leurs mérites scolaires, préparent en effet un concours qui reste inchangé pour l'essentiel. Les concours 2010 permettront d'apprécier la réussite de ce processus.
 

La création du  "troisième concours" avait pourtant relevé du premier choix dans les années 80. Depuis maintenant quelques décennies, c'est la seconde solution qui est seule explorée, en se traduisant par le soutien de l'Etat aux divers centres de préparation  et dorénavant, en plus, la création d'une classe préparatoire intégrée à l'ENA. La récompense de ces efforts est cependant encore attendue. Dans les faits, à ce jour, la "diversité"  - du moins appréciée par rapport à l'ancien monopole de fait de Sciences Po Paris pour le concours étudiant-  semble provenir surtout de la forte place acquise par les normaliens, notamment de par l'avantage que leur donne la place donnée à l'histoire dans la pratique de certains jurys -et cela, d'ailleurs, paradoxalement, au moment même où Sciences Po fait de la diversité l'une de ses  ambitions majeures...

Pourtant, l'expérience montre que les concours actuels sont loin d'avoir atteint un tel degré de perfection dans leur adaptation aux besoins d'une administration ouverte au dialogue, innovatrice et respectueuse des citoyens qu'il faudrait se garder n'en rien changer. Bien des réformes seraient possibles et bienvenues.

Sur cette difficulté lancinante, voir le rapport du président des jurys sur les concours d'entrée à l'ENA 2008



La présidence d'un jury, ou l'art de la modestie


Une vraie délibération est une garantie de la pluralité et de l'approfondissement de la motivation des appréciations des membres des jurys. 

La recherche du "consensus" sans vote est certes fort tentante. Le président des jurys est le maître des horloges et il peut en effet y consacrer tout le temps nécessaire, au risque, le cas échéant, d'un certain autoritarisme sous l'apparence du consensus...

Quelques lignes directrices simples peuvent contribuer à la  qualité des délibérations. Le président du jury devrait tout d'abord veiller à ce que , au terme de chaque épreuve, chacun des membres du jury s'oblige à inscrire en conscience et par devers lui la note que lui semble mériter le candidat, avant même toute prise de parole de la part des membres du jury. Le président peut ensuite autant que possible veiller à ce que, tout au long du déroulement du concours, chacun des membres du jury ait l'occasion de s'exprimer en premier lieu -et aussi en dernier lieu- autant de fois que les autres membres du jury. Le président doit veiller à tout le moins à ne pas se réserver à lui-même systématiquement ce rôle. Au terme de la délibération, chaque membre du jury peut naturellement modifier sa première appréciation, mais de façon claire et nette vis-à-vis de lui-même, en toute conscience.

Une délibération sans vote n'est pas nécessairement un gage d'authenticité. Il est plutôt souhaitable  qu'il puisse exister des appréciations différentes, qu'elles aient l'occasion de s'exprimer et cela jusqu'au stade final de la note. Il existe à ce stade essentiellement deux techniques dans la pratique des jurys, entre lesquelles les différents jurys  choisissent dès avant la première délibération.

La note donnée au candidat pourrait être la moyenne des notes mises par les membres du jury. Le risque serait cependant grand, dans ce cas, d'"écraser" la gamme de notation.

Une autre voie consiste à donner au candidat la note la plus haute que trois au moins des membres du jury sont disposés à retenir au terme de la délibération. Cela donne plus de chance de réussite aux candidats sortant de l'ordinaire. Ils pourront en effet obtenir une bonne note, voire une très bonne note, s'ils ont convaincu au moins trois membres du jury de leur capacité à apporter quelque chose de neuf -ou en tout cas de positif- à la conduite des affaires publiques, et cela même s'ils ont été mal appréciés par deux autres membres du jury. Cette dernière procédure donne des résultats plus contrastés mais permet mieux aux candidats atypiques d'émerger. Elle évite d'en rester au plus petit dénominateur commun, ce qui est le risque majeur d'un tel processus de décision collective, surtout par consensus.

Plus fondamentalement, le jury ne doit pas cesser de se remettre en question tout au long du déroulement du concours, en se gardant du danger, révélé par l'expérience, de voir son niveau d'exigence baisser insensiblement au fil des épreuves, puis se renforcer tout à fait à la fin, dans un ultime sursaut avant que la lassitude ne l'emporte. Il doit donc sans cesse revenir sur les notes précédémment mises et s'interroger constamment sur ses pratiques. Mieux vaut un jury que le doute ne cesse de tenir en éveil qu'un jury si confiant en lui-même qu'il s'endort...Il est encore une série d'autres "bonnes pratiques" que la plupart des jurys veillent à se transmettre comme autant de leçons de modestie. 



L'(in)égalité H/F devant les concours d'entrée à l'ENA



Dans l'anonymat des épreuves écrites, l'expérience statistique montre que les femmes réussissent aussi bien que les hommes, parfois même légèrement mieux compte tenu du nombre respectif de candidats et de candidates.

En revanche, lors des épreuves orales, à un moment où les jurys voient qui ils ont en face d'eux, le taux de réussite des femmes chute fréquemment dans des proportions sensibles, parfois de dix points. 

Deux explications sont possibles : les femmes réussissent moins bien à l'oral de par leurs caractéres propres, ou bien les  jurys les notent moins bien de par leurs propres traits caractéristiques... 

Les résultats des derniers concours (2009) sont d'un grand classicisme: 46% de femmes parmi les candidats admissibles au concours "étudiants", puis 37%
de femmes parmi les candidats reçus après les épreuves orales.

Un concours "paroxystique" à cet égard fut le concours 2004 : 39% de candidates parmi les admissibles, au concours "étudiants", mais seulement 22% parmi les admis après l'oral.

Le concours le plus "égalitaire" de ce point de vue fut le concours 2005 (jurys présidés par Mme Gisserot) : 47% de femmes parmi les candidats admissibles au concours externe, 44% parmi les candidats admis.

La culture de "l'Emile" est encore puissante. Espérons qu'un nouveau "Contrat social" l'emportera un jour...






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